Enseigner différemment : la classe coopérative

Ces projets s’inspirent des pédagogies Freinet et Institutionnelle, des pédagogies avant tout centrées sur l’enfant et la coopération en classe.

Une classe coopérative, c’est quoi concrètement ?

Une classe coopérative est une classe où l’élève est considéré comme citoyen et acteur de son apprentissage. En effet, dans ces classes, l’enseignante n’est pas la seule source du savoir. Ce n’est pas uniquement sa classe, c’est aussi celle des élèves qui la composent. Avec une classe coopérative, les élèves apprennent en s’entraidant, en allant chercher des informations par eux-mêmes, en conduisant des projets et en s’exprimant par différents canaux. Les principales valeurs de ces classes sont respect, entraide et solidarité.

Le rôle de l’enseignant dans une classe coopérative

Au sein d’une classe coopérative, l’enseignante a pour rôle principal de guider les élèves et de les accompagner. Voici ses principales missions selon l’OCCE du Rhône (Office central de la coopération à l’école) :

- organise et équipe la classe, la rend la plus riche possible,

- en début d’année, apporte un fonctionnement initial, c’est à dire qu’il va expliquer le déroulement, les activités à réaliser…

- intervient et garantit l’écoute et la sécurité de chacun,

- se rend auprès des élèves pour les aider, pour les encourager,

- évalue le travail des élèves,

se rend disponible auprès des familles, notamment pour leur expliquer ce qui se passe en classe,

échange avec d’autres enseignants de classes coopératives

Comme dit plus haut, l’enseignante n’est pas la seule à avoir des connaissances et n’est pas la seule source de savoir. Il a plus un rôle d’accompagnateur/rice du développement des savoirs de ses élèves.

Les outils de travail de la classe coopérative

Voici quelques outils utilisés par les collègues de Ferrières :

Le plan de travail 

C'est un document individuel sur lequel sont notées les activités de chacun.e à effectuer pendant la séquence. Tout le monde a le même plan de travail cependant, il y a la possibilité d’organiser son travail individuellement. En effet, ce plan de travail est personnel car les activités inscrites dessus correspondent aux projets personnels et au rythme de chaque élève mais aussi aux compétences attendues par les programmes scolaires.

L'exemple de plan de travail de Mmes Schnee et Ortega : 

 

Les élèves vont également noter où ils en sont dans le travail et ils peuvent voir quels sont les travaux à réaliser, les objectifs enfin ils ont également une auto-évaluation. Une individualisation des travaux est faite à la marge quand le professeur constate qu’un élève a beaucoup de difficultés et qu’il n’arrive pas à réaliser tous les travaux.

Grâce à cet outil, on va développer l’autonomie des élèves en les laissant gérer eux-mêmes leurs activités à réaliser, on va également les responsabiliser dans leurs apprentissages et aussi leur faire confiance pour mener des démarches personnelles d’investigation menant à la réussite. Avec lui on permet également aux enfants de travailler à leur rythme.

Ainsi dans la classe de Seconde BAC Pro Commerce que j’ai observé, on voit des armoires où sont soigneusement rangés les dossiers dont vont se servir les élèves. Ils circulent calmement dans la classe pour aller chercher les dossiers qu’ils doivent faire selon leur plan de travail. Dans le dossier se trouve une évaluation test (qui est la même que l’évaluation finale) pour vérifier si les compétences sont acquises. Une fois faite, la collègue vérifie et procède à une remédiation individuelle. L’élève peut faire autant d’évaluation test que nécessaire à l’acquisition des compétences. Ensuite l’élève fera son évaluation sommative lors d’une séance ultérieure : soit celle d’après soit plus tard (quand il se sent prêt). Chacun travaille à son rythme et sait ce qu’il a à faire. Lorsque pendant l’évaluation l’élève se rend compte qu’il rate son évaluation, il peut demander à ce qu’elle ne soit pas notée et soit considérée comme un entrainement. Une remédiation est alors faite pour résoudre les problèmes auxquels il a été confronté. Si l’évaluation est notée mais que l’élève a une note en-dessous de la moyenne, il peut, après remédiation, s’il le souhaite, repasser le contrôle dans la semaine qui suit.

Les ceintures de comportement 

Chaque élève obtient une ceinture qu’il peut améliorer grâce à son comportement où son travail. Cette ceinture donne droit à des fonctions (responsables des dictionnaires, de l’appel, responsable des téléphones qui sont ramassés et mis dans une enveloppe pendant le cours puis rendus à la fin de la séance…) ou à des droits (accès au coin temps libre, droit de boire, de récupérer son téléphone à l’interclasse…). Le passage à une ceinture supérieure est une demande de l’élève et est décidé en conseil par les collègues qui font un bilan du travail et du comportement des élèves dans leur cours mais aussi dans les autres matières (elles sont professeures principales). Dans l’idéal, les élèves (qui ont la ceinture correspondante à la demande) ont un avis consultatif dans le passage à la ceinture supérieure. Il a été décidé qu’un changement de ceinture ne pouvait être demandé avant 15 jours à 3 semaines dans la ceinture. Les collègues ont créé une ceinture rouge (grand gêneur) qui peut prendre le pas sur la ceinture acquise et qui annule la ceinture d’origine ponctuellement. Ce système crée une émulation positive dans la classe.

L'exemple des ceintures de Mmes Schnee et Ortega : 

 

La réunion coopérative ou le conseil 

C' est un outil de base dans la pédagogie Freinet. Ce dernier est un lieu de proposition et d’écoute mais aussi de prise de décision où est présent l’ensemble des élèves de la classe ainsi que le ou les enseignant.e.s. Lors du conseil il y a :

-un.e président.e qui donne la parole, : chez nous mais dans l’idéal il y a une personne responsable de la distribution de la parole rappelle les règles de fonctionnent et recentre les débats lorsque c’est nécessaire

-un secrétaire qui doit noter les décisions prises durant les comptes rendus

-un.e gardien.ne du temps qui gère les temps de paroles.

-un ordre du jour (3 temps : les critiques, les propositions, les félicitations) qui est établit à partir des propositions de tous les élèves et des enseignant.e.s

Lors de ce conseil on peut aborder plusieurs sujets : les règles de vie de classe, les règles de fonctionnement de travail, gestion de conflits, comment mieux s’entraider… Les buts de ces réunions coopératives sont les suivants : la construction de l’élève en tant qu’individu appartenant à un groupe, l’amélioration des relations dans la classe, apprendre à devenir un citoyen, le respect des règles de vie… Grâce au conseil, les élèves se sentent responsables, autonomes et écoutés.

Le marché des connaissances 

Il permet aux élèves d’échanger leurs connaissances à un groupe d’élèves par exemple comme le basket, le dessin, le tricot…

Les conseils et marchés de connaissances pourraient ainsi être des lieux d’expression orale en langue cible tout en valorisant des compétences sociales et citoyennes.

Les plans de travail et ceintures de comportement sont également transposables pour gérer des groupes de plus en plus hétérogènes et en quête d’autonomisation.

Les collègues ont bénéficié d’une vidéoconférence (car la mise en place était parfois difficile) avec S. Connac et Pierre Cieutat. Elles espèrent pouvoir en avoir une 2ème avec P. Cieutat. Elles ont déposé un dossier de demande d’admission «classe expérimentale » pour l’an prochain en espérant avoir 2 heures spécifiques classe coop.

On peut imaginer l’intérêt de cette approche pour développer l’autonomie et la mise en action des élèves en classe de langues

Mesdames Ortega et Schnee ouvrent leur classe à tous les collègues souhaitant découvrir les pratiques coopératives. 

Je les remercie vivement pour leur accueil et leur bienveillance.

Bibliographie 

Sylvain CONNAC, ESF « Apprendre avec les pédagogies coopératives »

Sylvain CONNAC, ESF "La coopération entre élèves"

Sylvain CONNAC, ESF "La personnalisation des apprentissages : agir face à l'hétérogénéité à l'école et au collège"

Isabelle Quimbetz, Les pédagogies Freinet : origines, valeurs et outils pour tous

Animation et Education, Revue de l'OCCE Le Nouvel Educateur

 Revue de l'ICEM-Pédagogie Freinet Les Cahiers Pédagogiques

Revue du Cercle de Recherche et d'Action Pédagogiques