Entrer par la langue

Préparer une explication linéaire à partir d’un point de langue

Activité menée lors d'une séquence consacrée à Manon Lescaut, de l'abbé Prévost

François CHAUVIN, professeur de Lettres au lycée Jean-François Champollion à Figeac et formateur académique

 

Présentation de la séance

Objet d’étude : la syntaxe de la proposition subordonnée relative

Niveau : 1ère GT

Support : Histoire du chevalier des Grieux et de Manon, Prévost, extrait "le témoignage de Renoncour"

Prérequis : révisions sur les relations au sein de la phrase complexe (juxtaposition, coordination, subordination) ; sous-main sur les classes grammaticales distribué aux élèves plus tôt dans
l’année ; lecture de la première partie du roman.

Durée : 2 heures (heure 1 : la proposition subordonnée relative, heure 2 : vers l’explication linéaire)

 

Étape 1 : Compléter un texte tronqué 

Le texte support : version incomplète du texte Manon Lescaut de Prévost (distribué en version papier)

Je m'arrêtai un moment pour m'informer d'où venait le tumulte ; mais je tirai peu d'éclaircissement d'une populace curieuse. Enfin, un archer revêtu d'une bandoulière, et le mousquet sur l'épaule, ayant paru à la porte, je lui fis signe de la main de venir à moi. Je le priai de m'apprendre le sujet de ce désordre. Ce n'est rien, monsieur, me dit-il ; c'est une douzaine de filles de joie. Il y en a quelques-unes de jolies, et c'est apparemment [ cela ]. J'aurais passé après cette explication, si je n'eusse été arrêté par les exclamations d'une vieille femme. De quoi s'agit-il donc ? lui dis-je. Ah ! monsieur, entrez, répondit-elle, et voyez si ce spectacle n'est pas capable de fendre le cœur ! La curiosité me fit descendre de mon cheval. J'entrai avec peine, en perçant la foule, et je vis, en effet, quelque chose d'assez touchant. Parmi les douze filles, il y en avait une. Sa tristesse et la saleté de son linge et de ses habits l'enlaidissaient si peu que sa vue m'inspira du respect et de la pitié. Elle tâchait néanmoins de se tourner, autant que sa chaîne pouvait le permettre, pour dérober son visage aux yeux des spectateurs. L’effort était si naturel, qu’il paraissait venir d’un sentiment de modestie. Comme les six gardes étaient aussi dans la chambre, je pris le chef en particulier, et je lui demandai quelques lumières sur le sort de cette belle fille.

d’après : Abbé Prévost (1697-1763), Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, 1731, Éd. Garnier Flammarion, pp. 68-69.

N.B. : Dans le document donné aux élèves, les GN et pronoms pressentis ne sont pas soulignés.

Consignes

1. Par groupe de 3 élèves, lisez cet extrait incomplet.

2. Repérez au moins 5 groupes nominaux, noms ou pronoms dont le sens pourrait ou devrait être précisé.

3. Complétez le texte en rédigeant une proposition qui prolonge la phrase en précisant le sens de chacun
ces mots.

 

Étape 2 : Restitution

Support : le texte incomplet est vidéoprojeté en version modifiable.

Démarche

1. Un élève par groupe vient ajouter une proposition au texte.

2. Observation des propositions ajoutées : comment sont-elles construites ?

  • Retour sur la phrase prototypique : GS + GV (+GC) ;
  • Quelle est la fonction de chaque proposition ajoutée ? → rappel : la fonction épithète ;
  • Repérage des mots subordonnants : quelle est leur nature ? → le pronom relatif ;
  • Quelle est la fonction du mot subordonnant (sujet, verbe, complément de phrase) ? → en général, sujet.

 

Étape 3 : Étude des propositions subordonnées relatives intégrées dans le texte complet

Support : le texte complet est vidéoprojeté et distribué en version papier.

Je m'arrêtai un moment pour m'informer d'où venait le tumulte ; mais je tirai peu d'éclaircissement d'une populace curieuse, qui ne faisait nulle attention à mes demandes, et qui s'avançait toujours vers l'hôtellerie, en se poussant avec beaucoup de confusion. Enfin, un archer revêtu d'une bandoulière, et le mousquet sur l'épaule, ayant paru à la porte, je lui fis signe de la main de venir à moi. Je le priai de m'apprendre le sujet de ce désordre. Ce n'est rien, monsieur, me dit-il ; c'est une douzaine de filles de joie que je conduis, avec mes compagnons, jusqu'au Havre-de-Grâce, où nous les ferons embarquer pour l'Amérique. Il y en a quelques-unes de jolies, et c'est apparemment ce qui excite la curiosité de ces bons paysans. J'aurais passé après cette explication, si je n'eusse été arrêté par les exclamations d'une vieille femme qui sortait de l'hôtellerie en joignant les mains, et criant que c'était une chose barbare, une chose qui faisait horreur et compassion. De quoi s'agit-il donc ? lui dis-je. Ah ! monsieur, entrez, répondit-elle, et voyez si ce spectacle n'est pas capable de fendre le cœur ! La curiosité me fit descendre de mon cheval, que je laissai à mon palefrenier. J'entrai avec peine, en perçant la foule, et je vis, en effet, quelque chose d'assez touchant. Parmi les douze filles qui étaient enchaînées six par six par le milieu du corps, il y en avait une dont l'air et la figure étaient si peu conformes à sa condition, qu'en tout autre état je l'eusse prise pour une personne du premier rang. Sa tristesse et la saleté de son linge et de ses habits l'enlaidissaient si peu que sa vue m'inspira du respect et de la pitié. Elle tâchait néanmoins de se tourner, autant que sa chaîne pouvait le permettre, pour dérober son visage aux yeux des spectateurs. L’effort qu’elle faisait pour se cacher était si naturel, qu’il paraissait venir d’un sentiment de modestie. Comme les six gardes qui accompagnaient cette malheureuse bande étaient aussi dans la chambre, je pris le chef en particulier, et je lui demandai quelques lumières sur le sort de cette belle fille.

Abbé Prévost (1697-1763), Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, 1731, Éd. Garnier Flammarion, pp. 68-69.

Démarche

1. Repérage (surlignage) des propositions subordonnées relatives qui avaient été retirées du texte.

2. Observation des propositions : comment sont-elles construites ?
Remarques attendues :

  • Inclusion de propositions subordonnées (conjonctives ou relatives) à l’intérieur même des relatives ;
  • Morpho + syntaxe → Variété des pronoms relatifs, liée à leur fonction : sujet (qui), COD (que), CDN (dont), CC (où) ;
  • La virgule comme indicateur de la fonction de la relative (obligatoirement mise en incise pour distinguer l’apposition de l’épithète) : approche typographique, il faut aller plus loin.

3. (Facultatif) Approche sémantique : classement des propositions en fonction de leur apport au sens du GN

Le sens du GN est incomplet sans la PSR (= fonction épithète)La PSR précise le sens du GN, elle n’est pas indispensable (= fonction apposition)

- que je conduis, avec mes compagnons, jusqu'au Havre-de- Grâce (l. 6-7)

- qui excite la curiosité de ces bons paysans (l. 8)

- qui sortait de l'hôtellerie en joignant les mains, et criant que c'était une chose barbare, une chose qui faisait horreur et compassion. (l. 9 à 11)

- qui faisait horreur et compassion (l. 11)

- qui étaient enchaînées six par six par le milieu du corps (l. 14-15)

- dont l'air et la figure étaient si peu conformes à sa condition, qu'en tout autre état je l'eusse prise pour une personne du premier rang (l. 15-16)

- qu’elle faisait pour se cacher (l. 19)

- qui accompagnaient cette malheureuse bande (l. 20-21)

- qui ne faisait nulle attention à mes demandes (l.1)

- qui s'avançait toujours vers l'hôtellerie, en se poussant avec beaucoup de confusion (l. 1-2)

- où nous les ferons embarquer pour l'Amérique (l. 7)

- que je laissai à mon palefrenier (l. 13)

 

 

 

 

 

 

Étape 4 : Vers l'analyse linéaire

Démarche

Classez les propositions relatives en fonction du type de renseignement qu’elles apportent au lecteur : information neutre ou impression personnelle.

Valeur objective
(La PSR apporte une information neutre)
Valeur subjective
(La PSR apporte une impression personnelle)

- qui s'avançait toujours vers l'hôtellerie, en se poussant avec beaucoup de confusion (l. 1-2)

- que je conduis, avec mes compagnons, jusqu'au Havre-de-Grâce (l. 6-7)

- où nous les ferons embarquer pour l'Amérique (l. 7)

- que je laissai à mon palefrenier (l. 13)

- qui étaient enchaînées six par six par le milieu du corps (l. 14-15)

- qu’elle faisait pour se cacher (l. 19)

- qui ne faisait nulle attention à mes demandes (l.1)

- qui excite la curiosité de ces bons paysans (l. 8)

- qui sortait de l'hôtellerie en joignant les mains, et criant que c'était une chose barbare, une chose qui faisait horreur et compassion. (l. 9 à 11)

- qui faisait horreur et compassion (l. 11)

- dont l'air et la figure étaient si peu conformes à sa condition, qu'en tout autre état je l'eusse prise pour une personne du premier rang (l. 15-16)

- qui accompagnaient cette malheureuse bande (l. 20-21)

Synthèse

  • Une hôtellerie très fréquentée
  • 12 prostituées enchaînées et escortées par des gardes, condamnées à l’exil en Amérique
  • Un narrateur aisé (« mon palefrenier »)
  • Une foule agitée

Synthèse

  • Une foule de paysans indisciplinés (et libidineux ? → un garde méprisant)
  • Une scène extrêmement touchante
  • Une détenue qui se distingue par son air aristocratique (→ le narrateur est un aristocrate)

Conclusion

Le rôle joué par les propositions relatives est triple :

  • Elles contribuent à poser le cadre spatial et temporel et l’atmosphère de cette partie du récit ;
  • Elles nous renseignent sur les impressions personnelles des personnages ;
  • Elles contribuent à la dramatisation en annonçant l’entrée en scène du personnage principal.

 

Étape 5 : Vers l’explication linéaire

Élaboration d’un projet de lecture en lien avec l’intitulé du parcours « personnages en marge, plaisirs du romanesque » et repérage des étapes dans le mouvement du texte.