Devoir de mémoire

"Faire partager les valeurs de la République",  voila ce que souligne le référentiel de compétences des métiers du professorat et de l'éducation. La politique de mémoire  met l'accent sur certains faits historiques dans le but de construire une mémoire collective autour de valeurs partagées et de contribuer au sentiment d'appartenance.  Au-delà de l'enseignement disciplinaire, au collège et au lycée, toutes les actions éducatives menées dans le domaine de la mémoire constituent des moyens privilégiés visant à faire acquérir aux élèves les repères de l'histoire à laquelle ils appartiennent et les valeurs de la République qui fondent leur École. En ce sens, ces actions s'inscrivent dans les parcours éducatifs de l'élève tout au long de sa scolarité. 

Dans notre académie, de nombreux établissements élaborent et mettent en place des projets qui répondent à cet impératif démocratique et républicain (journées commémoratives,  visites des sites mémoriels, ...). Nous vous proposons ici trois actions conduites par des collègues CPE dans l'académie de Toulouse (lycée et collèges). 

  1. " mémoire partagée" au lycée professionnel J.Gallieni de Toulouse
  2. "Parcours de mémoire & Rencontres " au collège les Roussillous de St pierre de Lages 
  3.  Le Mémorial de la Shoah s’invite au collège Grand Selve de Grenade

    1 - « mémoire partagée » au lycée professionnel J.Gallieni ,

    par Mme J.LINDEMANN, CPE au lycée polyvalent J.Gallieni, Toulouse

    Ce projet s'inscrit dans une dynamique d'établissement en lien avec les orientations nationales et académiques. Il tient compte des politiques éducatives de climat scolaire, de lutte contre le décrochage et de lutte contre le racisme et l'antisémitisme. Ce projet est issu d'une réflexion menée autours de différents indicateurs qualitatifs et quantitatifs. Il s'inscrit également dans le cadre d'appel à projet ("OCCIT'AVENIR" pour la campagne 2020-2021« les engagés » et le projet "Parcours et Citoyenneté").

    “ Le devoir d’histoire contribue à mieux comprendre la  complexité du monde et à lutter contre les discours et les actes qui nourrissent de la haine et qui menacent le socle républicain.”

     

    Public cible et constat de départ

    Ce projet peut s'adresser aux élèves de 1ères en lycée professionnel. En ce qui nous concerne, nous l'avons élaboré pour des élèves de 1ères Bac PRO du lycée polyvalent J.Gallieni (diagnostic). 

    • L'équipe pédagogique exprime le fait que les  « élèves en lycées professionnels éprouvent peu d’enthousiasme à venir dans les disciplines générales». Nous soulignons également un taux d'absentéisme plus élevé dans ces matières.
    • Perception d 'un climat de classe défavorable à la réussite de tous 
    • Peu de mixité de genre et peu de mixité sociale dans la classe

       

      Objectifs

      ⮚ Contribuer à l’acquisition de compétences civiques et  sociales: faire vivre les principes républicains au travers des  valeurs de respect en développant l’expression, l’écoute et le  sentiment d’appartenance. 

      ⮚ Participer à la transmission d’une mémoire collective  (développer une attitude de citoyen conscient) - Porter un  regard critique sur une situation historique et devenir un  défenseur des droits de l’homme et du citoyen. 

      ⮚ Transversalité éducative et pédagogique : donner du sens

      ⮚ Travailler le lien avec les familles pour rendre efficiente la co-éducation 

       

      Pourquoi "mémoire partagée", collective ?

      L'objectif ici était de montrer en quoi les crimes ne sont pas contre des groupes d'individus mais bien contre l'humanité, contre la différence, et donc nous tous (représentations) - « Nous sommes tous différents, la différence et donc notre point commun, nous sommes donc tous égaux sur ce point. C'est devant la lois qui nous sommes assurés d'être tous égaux sans aucunes discriminations»  Elève de 1ère. 

      Le projet s’appuie sur des pratiques participatives en mettant l’élève au cœur du processus et en valorisant son engagement. Les élèves devront appréhender l’histoire en croisant des contextes historiques différents, il travaillerons l’argumentaire et la recherche d’information. Le projet abordera la question du génocide Rwandais, du régime  de vichy, des attentats, du racisme moderne, du sexisme, … Ils devront également questionner la banalisation des insultes et donc le "bien vivre ensemble". 

      Séances 

      1. Questionnement sur la différence, les principes et les  valeurs.  - Définition de "crime contre l’humanité"  - explication projet avec un débat (→ Reportage ARTE – SOS Racisme)

      2. Séance sur le génocide Rwandais avec le visionnage de “Petit Pays” (adaptation au cinéma du roman de Gaël Faye) et animation d'un débat  (préparation de la séance en Français avec la lecture du roman). 

      3. Séances sur le régime de Vichy : lien avec le programme  d’histoire « de l’état français à la IV république » 

      • présentation du régime de Vichy, collaboration avec l’Allemagne nazie et de sa responsabilisation 
      • visite du camps de Rivesaltes (annulée) avec la rencontre de Mme GINETTE KOLINKA ( que nous avons eu la chance de pourvoir maintenir en visio).
      • Journée internationale pour  la mémoire des victimes de la Shoah (ouverture par Olivier LALIEU,  responsable des projets externes du Mémorial de la Shoah, de M Thierry FLAVIAN et  intervention d’Annette WIEVIORKAW, directrice de recherche émérite  au CNRS, « Le camp d’Auschwitz-Birkenau, entre histoire  et mémoire »). 

      4. Travail d’enquête  "Mémoire & portraits " (retracer le parcours d'individus, témoins ou combattants, sur le plan local. Par exemple, la piscine NAKACHE à Toulouse qui fait hommage  à Alfred NAKACHE surnommé le nageur d’Auschwitz). Ces travaux d’élèves seront ensuite exposés aux familles lors d’un moment solennel. La communauté éducative pourra se servir de cette exposition (CDI) pour travailler avec les classes sur le  sujet : support pédagogique). 

       


       

       

       

       

       

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      devoir de mémoire

       Malheureusement, les conditions sanitaires actuelles ont interrompus notre séquence de travail. En effet, les séances pédagogiques sur les portraits , le voyage pédagogique à  Auschwitz et l'intervention de l'Association Française des Victimes du Terrorisme n'ont pu avoir lieu.

      Nous avons eu la chance de travailler avec cette association il y a deux ans dans le cadre du parcours citoyen et du devoir de mémoire avec des élèves de secondes (travail sur la différence et le sentiment d'appartenance "tous différents tous égaux").

       ► le clip vidéo réalisé par les élèves est disponible ci-contre.

       

      Les acteurs concernées

      CPE – Deux professeures de Français Histoire géographie  (dont une est professeure principale de la classe) – Le professeur d’EPS (également professeur principal de la classe).

      Cadre pédagogique

       Les programmes - Le parcours citoyen - Le CAPACO - L'EMC -  (en collège, ce projet peut répondre aux compétences visées par le domaine 1 et 3 du socle)

      Evaluation (exemple de critères et d'indicateurs) 

      Critère d’évaluation : les élèves s’engagent dans le projet -  Indicateurs : les élèves participent et persévèrent dans le projet  (essayent de faire face aux difficultés et recommencent), ils  posent des questions sur les notions, ils demandent de l’aide, ils  font des propositions et prennent des responsabilités, … 

      Critère d’évaluation : les élèves se servent des notions acquises et les investissent - Indicateurs : augmentation des résultats, baisse du niveau d’absences, … 

      Critère d’évaluation : les élèves font preuve de respect  (différence) et appréhendent le principe d’égalité (sentiment  d’appartenance). - Indicateurs : les élèves s’unissent durant les activités et font preuves de coopération pour  franchir les difficultés, ...

       


       

      2 - "Parcours de mémoire & Rencontres " au collège les Roussillous,

       par M. C.AMIEL , CPE

      La Vie Scolaire du Collège les Roussillous de St pierre de Lages est impliquée depuis plusieurs années, dans le cadre du Parcours Laique et Citoyen, dans la lutte contre toutes formes de discriminations. 

      Depuis 2019 un travail interdisciplinaire réunit le CPE et des Enseignants en Histoire et Géographie, Français, Espagnol mais aussi Arts plastiques et Musique sur un thème générique : la Résistance.

      ⇒ faire réfléchir nos élèves d’une manière globale

      ⇒  les sensibiliser sur les dangers des pensées et des régimes totalitaires

      ⇒ les armer pour lutter contre toutes les idées obscurantistes et totalitaires,

      ⇒ œuvrer profondément avec eux contre le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie.

      Le thème bien sûr permet d’illustrer tout un pan du programme d’Histoire en 3ème mais permet aussi de retrouver les chemins, les lieux et le sens de l’Histoire, de confronter la véracité des sources dans un monde saturé par les médias et ses travers. Il permet enfin de rendre hommage à la Mémoire de Combattants pour la liberté et les valeurs de la Démocratie de tout temps. Plusieurs axes de travail sont mis en œuvre. Les cours d’Histoire sont illustrés par la richesse de l’histoire locale (les maquis et mouvements de Résistance à Toulouse et en région, les camps d’internements administratifs du gouvernement de Vichy dans le Sud de la France, les rafles, la répression….). En cours de Français ou d’Espagnol sont étudiés nouvelles et récits sur notamment la Déportation, mais aussi la Rétirada… En Arts Plastiques un travail est ébauché sur des portraits d’artistes déportés, en Musique on entonne le Chant des Partisans!

      Et puis il y a les Parcours de Mémoire et les rencontres organisés par le CPE inspiré des travaux de l’Historienne Elérika Leroy Chargée de Mission au Conseil Départemental : « Hauts lieux de mémoire de la 2nde Guerre Mondiale ».

      Ainsi les élèves ont pu se rendre au Musée de la Résistance et de la Déportation à Toulouse, aux Archives Départementales pour travailler sur des documents originaux. Ils ont plusieurs fois parcouru le « Circuit Toulouse Résistante » dont les principales étapes sont très poignantes : le Monument à la Gloire de la Résistance dont l’architecture rappelle la clandestinité des résistants, le Mémorial de la Shoah avec ces 6 arches dédiées aux millions de juifs déportés et assassinés, le siège de la Gestapo ou fut entre autre torturé François Verdier, l’ancienne prison Furgole ou étaient emprisonnés les résistants dits dangereux ( Jeau Cassou, Pierre Bertaux…). Ils se sont rendus sur des lieux de Maquis (Saint Lys, Meilhan), des mémoriaux de camps (Rivesaltes, Le Vernet d’Ariège, Le Récébédou à Portet sur Garonne, Septfond) ou dans d’autres lieux plus énigmatiques : le village Martyr de Marsoulas victime de la colonne Das Reich tristement connue pour ses meurtres à Oradour sur Glane ; la Stèle François Verdier dans la forêt de Bouconne où le chef de la Résistance fut lâchement assassiné par la Gestapo ; le château  de Brax siège du réseau Morhange en charge de l’élimination des « collabos » ; la grange du Château de Seyre ou une centaine d’enfants juifs furent cachés et dont les dessins sur les murs sont encore préservés ; le cimetière Terre Cabade ou reposent François Verdier, Marcel Langer, Marie Louise Dissart dite « Françoise », et sa mystérieuse crypte ou reposent plus anonymement 1706 soldats multinationaux de la 1er et 2nde Guerre Mondiale morts en combattant pour notre liberté.

      Mais aussi des rencontres : bien sûr avec des professionnels de l’Histoire ( Mme Leroy, les équipes aux Archives) ou des passionnés bénévoles en charge de la Mémoire des Maquis ou encore les chercheurs de l’Association « les fusillés du Bois de la Reulle » qui tentent de retrouver l’identité de Résistants assassinés par la Gestapo. Et enfin des témoins tel M Prades exilé espagnol interné au camp de Jude à Septfond ; M Blanc Maire d’honneur et ancien maire du village de Marsoulas, (enfant lors des tristes évènements, une partie de sa famille meurt sous les balles des allemands) ; M Alain Verdier Président du Conseil Départemental de la Résistance et petit fils de François Verdier. Pour finir Mme Kolinka Ginette rescapée de la Shoah, auteur de « Retour à Birkenau » qui sillonne encore le pays, à 96 ans, à la rencontre de collégiens, de lycéens….  Nos élèves de 3ème depuis deux ans lisent et étudient ses cours de Français son récit. Ils vont la rencontrer. Après deux ans de tractation (confinement, dé-confinement…)

       

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      devoir de mémoire

       

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      devoir de mémoire

       

       

       

       

       

      Mme Kolinka, Ginette comme elle préfère être appelée descend du train, Gare de Matabiau, en provenance de Paris…. Le 9 mars 2021 face à nos élèves et ceux du Collège de Caraman venus la rencontrer, Ginette raconte inlassablement son histoire, la rafle, la mort de son père et de son frère, la vie et le travail acharné dans les camps, son tatouage n°78599 sur sa peau, la maladie, la faim, la fatigue, l’humiliation……et puis la libération et la reconstruction de sa vie avant de devenir passeur de Mémoire. Un témoignage cru, sombre, unique. Un morceau d’Histoire. Un moment privilégié pour nos élèves.

       

      Vont-ils relever le défi lancé par Ginette Kolinka? Deviendront-ils à leur tour passeurs de mémoire pour lutter, comme elle le déclare haut et fort, contre la haine à l’origine du mal dont elle fût victime, à l’origine du mal qui peut encore tuer ?


       

       3 - Le Mémorial de la Shoah s’invite au collège Grand Selve de Grenade

       par Mme S.CESCHIN, CPE

      « Les blondes sont bêtes », « les Arabes sont des voleurs », « les filles sont sensibles » : autant de préjugés qui ont la vie dure dans la cour du collège …mais aussi dans la société ! Lors d’une semaine d’ateliers auprès des 6e et des 3e, deux animatrices du Mémorial de la Shoah venues de Paris ont invité les élèves à se confronter à leurs préjugés, à comprendre d’où ils viennent en les décortiquant pour mieux …réfléchir avant de parler ! Ainsi saviez-vous que le conte du Xè s « Les Mille et Une Nuits » d’où sont notamment tirés Ali Baba et les quarante voleurs ou encore Aladin ou la lampe merveilleuse ont contribué à forger durablement dans la culture populaire le préjugé suivant : « tous les Arabes sont des voleurs », oui…enfin seulement Ali Baba, les 40 voleurs et Aladin ! Les élèves ont ainsi été mis en situation pour comprendre les mécanismes qui sont à l’origine de nos préjugés, à en déconstruire les mots pour souvent faire appel à l’histoire ! Les 6e ont travaillé sur les formes du racisme et ses racines anciennes. Les 3e ont été amenés à réfléchir à des thèmes en prise avec l’actualité tels que « la théorie du complot hier et aujourd’hui », « information et désinformation, usages et bonnes pratiques des médias ». Ainsi, du 22 au 26 mars, grâce à ce cycle d’ateliers, nous avons pu à nouveau faire vivre le label de notre collège « sans racisme et discrimination » !