Visite à la Cité de l'économie

Notre collègue Jean-Philippe Zanco a eu l'opportunité de visiter la toute nouvelle Cité de l'Economie qui a ouvert ses portes le 14 juin dernier. Il nous propose un compte rendu qui sera fort utile à ceux qui souhaiteraient y organiser une visite scolaire.  Vous pouvez le consulter ci-dessous ou le télécharger : 

 

 

 

La Cité de l’économie (Citéo) a ouvert au public le 14 juin 2019. J’ai eu l’occasion d’en faire la visite en juillet dernier. Il y avait encore très peu de monde.

 

Le site

 

Citéo est installé dans le 17e arrondissement, dans un hôtel particulier construit pour le banquier Emile Gaillard entre 1878 et 1882. L’hôtel Gaillard, après avoir été le témoin de somptueuses fêtes à l’aube du XXe siècle, a été transformé en succursale de la Banque de France en 1919. Le bâtiment est magnifique, et la restauration met en valeur à la fois le style néo-renaissance (on remarquera, dans un salon, une inattendue cheminée vénitienne du Xve siècle qu’on suppose ramenée à grands frais par Gaillard) et l’ancienne activité du bâtiment : au début de la visite, on traverse ainsi le bureau du directeur tel qu’il était dans les années 30, jouxté de sa salle de bain d’époque ; la grande salle des guichets et la salle des coffres ont été préservées.

 

Accueil

 

Les animateurs sont très disponibles. Ils interviennent notamment lors des jeux, pour expliquer les règles. La plaquette est très bien faite, conçue comme un mini-manuel, avec des définitions de notions essentielles à chaque zone thématique (biens, ménages, PIB, concurrence, etc.). Lorsque j’ai visité, des numéros du magazine « Pour l’Eco » étaient distribués gratuitement.

 

La collection

 

Une partie des collections exposées à Citéco proviennent de la Monnaie de Paris. Au sous-sol (dans la salle des coffres), on peut toucher un véritable lingot d’or (et soupeser une reproduction de barre d’or), voir des billets de toutes époques et de toutes origines, dans des vitrines thématiques (la fausse monnaie, l’inspiration graphique des billets). On peut s’amuser dans le « photobifton » à imprimer un billet à sa propre effigie.

Les étages sont consacrées à l’économie, à partir de panneaux, de vidéos, de jeux interactifs conçus pour Citéco. L’exposition permanente et découpée en six zones thématiques : échanges, acteurs, marchés, instabilités, régulations, trésors (cette dernière zone correspond à la salle des coffres, dont je viens de parler).

De façon générale, les panneaux sont très bien conçus, et la plupart des installations sont interactives (par exemple : on glisse un objet dans ce qui ressemble à un scanner d’aéroport pour le « radiographier » et afficher l’origine géographique de ses composants). Certaines vidéos sont un peu trop complexes pour des visiteurs qui n’ont pas une formation en économie. Les jeux sont variés et amusants, quoique parfois un peu compliqués. Par exemple, un premier jeu permet d’illustrer les notions classiquement expliquées par Smith d’échange et de spécialisation : on y joue à plusieurs, et chacun doit équiper son personnage pour aller à la plage (lunettes, chapeau, serviette…). On comprend très vite que chacun a intérêt à se spécialiser dans la fabrication d’un seul accessoire pour ensuite échanger ses surplus, plutôt que de fabriquer tous les accessoires. J’ai personnellement particulièrement apprécié le jeu « Négocier et décider », dans la zone « Régulations ». Ici, on simule une négociation internationale sur le climat. Chaque joueur, devant un écran, est un chef d’État et il dispose de fonds publics et d’informations sur les capacités de son pays en énergies renouvelables ; à lui ensuite de négocier avec les autres pays pour fixer un objectif commun de développement durable, de taxation-incitation, qu’il devra ensuite faire accepter dans son propre pays. Mais le « clou » de la visite, c’est la participation au jeu du marché du mouton, que certains d’entre nous ont déjà expérimenté en classe, et qui est l’adaptation d’un jeu pédagogique expérimental dérivé des expériences de Chamberlin, dans les années 1940. Il simule un marché en concurrence, compliqué, ici, par l’introduction de chocs exogènes qui peuvent déplacer les courbes d’offre ou de demande.

Citéco fait aussi la place à l’art, avec la présentation de certaines des photographies réalisées par Matthieu Sartre pour son projet « Made in France ». Davantage d’oeuvres serait d’ailleurs appréciable, et pourrait permettre d’introduire une dimension historique qui manque tout de même à l’ensemble.

 

En conclusion

 

La visite de Citéco prend bien trois heures, surtout si on programme des jeux collectifs. Elle convient à tous (c’est d’ailleurs l’objectif pédagogique de Citéco), et ma fille de 13 ans est entrée à reculons mais ne voulait plus partir. Si certaines activités sont un peu complexe, ce n’est pas un problème : le visiteur fait vite son choix et peut passer plus de temps sur des sujets qui l’intéressent davantage.

On pourra regretter tout de même le traitement partiel de certains aspects de l’économie. La dimension historique n’est abordée que par une chronologie linéaire, les questions des inégalités ou des externalités ne sont que très superficiellement abordées, on ne parle pas des monnaies alternatives, des paradis fiscaux, le chômage n’est traité que comme un résidu du marché du travail. Bref, Citéco ne traite que de l’économie capitaliste de marché, et si elle en aborde certaines limites (dans les zones « instabilités » et « régulations ») son objectif n’est pas de la mettre en question.

Il n’en demeure pas moins que Citéco aborde toutes les notions qui sont traitées en SES au lycée. La visite peut faire l’objet d’un projet pertinent, par exemple en pluridisciplinarité dans le cadre d’un voyage à Paris préparé avec un autre collègue.

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