Humour et apprentissage des langues : une typologie de séquences pédagogiques.

Jeudi 7 mars 2019 - 17:00

Dans quelle mesure l’humour peut-il favoriser la prise de risque dans une situation d’enseignement / apprentissage en classe de langues ? 
Existe-t-il un lien entre les émotions des apprenants suscitées par l’humour et l’efficacité de l’apprentissage d’une langue étrangère ?

 

 

 

L’auteure de l’article présente en quatre parties sa thèse sur l’humour et l’apprentissage des langues.

Synthèse de l'article

La première partie est très théorique. Elle s’appuie sur les travaux de chercheurs contemporains de la communauté internationale pour démontrer que les émotions positives (ou négatives) ont un impact sur l’efficacité et la motivation des apprenants en classe de langues. L’humour est ici présenté comme une manière différente et agréable d’enseigner. L’apprentissage serait donc davantage perçu comme quelque chose de divertissant et les apprenants retiendraient alors peut-être plus facilement, étant donné que ces savoirs-là seraient liés à une expérience positive dans leurs esprits. 
En revanche, elle fait apparaître un double-tranchant à l’usage de cet humour : il peut faciliter la prise de risque en production orale mais il peut également représenter une prise de risque pour l’enseignant ou pour l’apprenant si le public n’est pas réceptif. D’autant plus, en situation professionnelle, l’humour ne doit pas être confondu avec de l’ironie blessante et malveillante. Il faut qu’il y ait un respect mutuel entre l’enseignant et les apprenants, ainsi qu’une collaboration entre apprenants. Le but de créer un climat de confiance, c’est que les apprenants passent à la prise de risque et, donc sortent de leur zone de confort en manipulant une langue étrangère qu’ils ne maîtrisent pas totalement. 

La deuxième partie illustre cette théorie en passant à la pratique. Ces situations se sont déroulées au sein de groupes de 30 étudiants anglicistes en première ou en deuxième année d’université, portant sur des compréhensions et des productions orales et écrites variées. L’humour a été introduit soit par l’enseignant, soit par l’apprenant. Mais aussi soit de manière spontanée, soit de manière volontaire. 

Les différentes activités mises en place sont soit à l’initiative de l’enseignant : 

  • Compréhension orale d’une conférence filmée.
  • Compréhension écrite d’une fiche d’instructions piégée.
  • Compréhension écrite de sites web canulars.
  • Production orale sous contrainte.

Soit à l’initiative de l’apprenant : 

  • Exposé oral : liberté du thème et de la présentation.
  • Production écrite : rédaction d’un blog.

La troisième partie présente un tableau récapitulatif des différents types d’humour et des risques encourus par l’enseignant ainsi que pour les apprenants. 

Pour conclure, elle distingue trois sphères de risques potentiels : pédagogique, émotionnelle et langagière. Elle souligne le fait que l’humour implique une ouverture d’esprit. En y ayant recours avec les apprenants, ces derniers se sentent valorisés et ressentent moins la pression de la hiérarchie dans la classe où l’enseignant est considéré comme étant supérieur à eux. Tout cela aide à bâtir un lien de partage et de confiance et permet d’établir un contrat avec l’apprenant.

Points forts de l'article

Un plan organisé pour développer son argument.
Pas de glorification de son argument (pas de prosélytisme) : elle évoque de manière équilibrée les exemples de succès et les exemples d’échecs lors des activités d’utilisation de l’humour.
Un tableau récapitulatif clair.

Points faibles de l'article

L’article n’est pas très scientifique – manque de statistiques. 
Le public ciblé pour cette expérience est limité, étant donné qu’il s’adresse à des étudiants anglicistes d’université.
Mauvaise répartition des parties. 

Nous trouvons cet article très intéressant car il s’agit d’une illustration argumentée de la neuro-pédagogie dans la pratique quotidienne et de l’importance de l’affectif dans l’apprentissage. La création d’un contrat de confiance et l’éducation de l’élève en tant que futur citoyen ne sont ni plus ni moins des compétences requises chez les professeurs dans le cadre du Référentiel des Compétences des métiers du Professorat et de l’Éducation (Compétence 1).  

Lien vers l'article :  https://journals.openedition.org/lidil/3317#text 

Référence de l'article

Lidil, Revue de linguistique et de didactique des langues, Editions littéraires et linguistiques de l’université de Grenoble.
48 | 2013 L’émotion et l’apprentissage des langues.


Louise Baggot, Laetitia Castelain, Mélanie Daumieres

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