Eveiller le corps sensible pour entrer dans l’oralité des langues : une approche énactive de l’enseignement de l’oral

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Eveiller le corps sensible pour entrer dans l’oralité des langues : une approche énactive de l’enseignement de l’oral (Aden & al., 2019)

 
 
 
 
 

Accroche

La prise en compte du corps : outil nécessaire à l’enseignement de l’oral. 


Problématique: En quoi l’énaction facilite-t-elle l’enseignement de l’oral ?

 
En s’appuyant sur la dimension fondamentalement orale du langage et partant par conséquent du principe que la langue est avant tout un phénomène et une matière sonore, les auteurs proposent des méthodes d’apprentissage qui prennent en compte la diversité des apprenants lorsqu’ils rencontrent individuellement et physiquement une langue étrangère.
Dans l’introduction, les auteurs commencent par questionner l’idée admise de la relation privilégiée entre les canaux sensoriels de l’audition et notre perception initiale des phénomènes langagiers nous entourant. Ils suggèrent que notre rapport à la parole et à sa compréhension serait plutôt lié à un ensemble de réponses corporelles et cérébrales apportées au discours. Ce traitement sans exclure l’ouïe, l’englobe et la dépasse au travers d’un réseau de réception et de compréhension dont l’origine se construit physiologiquement, culturellement, intellectuellement et de manière différente pour chaque individu. Notre façon de nous engager dans la langue est ainsi dans une large mesure déterminée de façon visuelle, kinésthésique et cinétique, affirment-ils, pour ne s’en tenir qu’au domaine sensoriel.  A partir de ces observations théoriques, les trois auteurs font part de trois expériences différentes qu’ils ont eux-même menées avec des groupes d’adultes, d’adolescents et d’enfants. Ces recherches touchent plus précisément le domaine de la réception des sons dans le cas du premier groupe formé d’enseignants de langues. Le second groupe, une classe de lycéen, est quant à lui confronté à des situations qui mettent en jeu la différentiation et l’articulation des sonorités. Enfin des élèves de maternelle rencontrent une langue étrangère par le biais d’activités fondées sur le jeu et le mouvement.
Dans le premier cas l’auteure mène une réflexion sur le caractère subjectivement esthétique de la langue en soumettant des adultes professionnels de l’enseignement/formation en langue à des séquences sonores tirées de langages leur étant inconnus. Ceci suscite chez eux des réponses émotionnelles diverses, négatives ou positives, à des contenus dont le sens leur échappe. Les résultats de l’observation qui en résultent peuvent permettre de fonder une réflexion sur l’éveil à la diversité des langues et ainsi sur une potentielle maitrise ou dépassement de la peur de l’inconnu. 
La classe de lycéens quant à elle reproduit des exercices d’articulation et de prononciation de l’anglais appuyés sur des textes d’oeuvres théâtrales et mis en œuvre par les acteurs de la Royal Shakespeare Company. Ces exercices sont associés à des modifications de posture et d’intensité sonore. Les résultats en matière d’authenticité phonologique qui en découlent, indépendamment du niveau des participants à l’activité,  fournissent des pistes d’exploration pour la prononciation de la langue étudiée. Enfin les jeunes enfants découvrent l’anglais grâce à des poèmes de Kipling. Ils sont amenés à rencontrer et à reconnaître des mots en les jouant puis en les reproduisant oralement et enfin graphiquement selon des moyens dits cinémimiques ou phonomimiques. La synthèse de ces activités permet de tracer des mimogrammes qui se révèlent utiles pour fixer le mot, sa sonorité et son sens, dans l’esprit de l’enfant. Les activités décrites sont qualifiées par les auteurs d’énactiques (de l’anglais to enact : jouer, interpréter) en lien étroit avec l’enseignement oral d’une langue. Ces recherches proposent de compléter les méthodes didactiques traditionnelles d’enseignement par des approches à la fois collaboratives où il est moins question d’acquérir ou de répondre que d’établir un contact corporel et émotionnel avec une langue. La diversité des situations exploitées dans les trois ateliers permet de stimuler les moteurs cognitifs propres à chacun et où le corps et les émotions ont au moins autant d’importance que l’intellect. La rencontre avec la différence linguistique  s’effectue ici par des canaux dont la prise en compte peut être décisive pour une pratique de la pédagogie des langues plus authentique.


Référence exacte


ADEN, J., CLARK, S. & POTAPHUSHKINA-DELFOSSE, M. (2019). Eveiller le corps sensible pour entrer dans l’oralité des langues : une approche énactive de l’enseignement de l’oral. Prononcer les langues : variations, émotions, médiations. Revue de linguistique et de didactique des langues,59.
 

Rédacteurs fiche

Bertrand Alquier-Bouffard & Elisa Papin - 2019-2020

Avis personnel

L’article fait part d’expérimentations constructives qui s’inscrivent dans le cadre d’une approche actionnelle originale et différenciée. Celles-ci sont par ailleurs bien adaptées au public choisi. 
Néanmoins, la démonstration des auteurs reste principalement empirique et ne débouche pas sur une réelle conclusion. Elle ouvre plutôt la voie vers d’autres hypothèses qu’il serait interessant de valider ou non à l’aide de recherches complémentaires. Basés sur la sensorialité, il va de soit, que les résultats soient difficilement « mesurables » et ne mènent pas sur une conclusion de type validation/réfutation mais invitent plutôt à la réflexion.
Il serait par ailleurs intéressant d’associer ces expérimentation avec des concepts plus didactiques et ainsi trouver un point d’équilibre entre le ludique et des propositions plus académiques.