Allier coopération, collaboration et créativité au CDI (TraAM 2016-2017)

Cette synthèse réflexive a été rédigée par Erika Bourciquot, Fabienne Hoffman (de l'Académie de Nancy Metz) et Françoise Rainaud (de l'Académie d'Aix Marseille)

 

Le contexte de l’école d’aujourd’hui fait émerger de nouvelles compétences transversales pour les élèves et pour les adultes qui les accompagnent et les encadrent. Les élèves et adultes, réunis en communauté de recherche vont pouvoir partager des connaissances et développer des attitudes métacognitives autour d'un projet.On oublie parfois que travailler ensemble autour de projets, d’enseignement partagé comme l’enseignement moral et civique, l’éducation aux médias et à l’information, demandent des échanges, des concertations et l’envie de partager mais permettent également de développer les compétences relationnelles entre les élèves qui se retrouvent dans une posture d'écoute et de partage vis à vis des autres. Le CDI est un lieu particulier au lycée, à la fois espace de culture, de documentation et d’information, et le professeur documentaliste contribue à faire de chaque élève un citoyen éclairé au sens où son esprit critique est sans cesse sollicité lors de projet ou de formation au CDI.

Comment travailler de manière coopérative, collective et créative au CDI ?

Nous allons tenter de répondre à cette problématique à travers l'exemple de trois projets qui s’inscrivent dans une dynamique commune : coopérer entre élèves et collaborer entre adultes pour créer.

L'exemple au lycée d'un jeu citoyen et collaboratif en classe de seconde : projet initié par les professeurs documentalistes et mené dans le cadre de l’enseignement moral et civique (EMC). Ce projet vise l’égalité et la lutte contre les discriminations (homophobie, sexisme, regard sur le handicap et harcèlement à l’école).

Deux exemples au collège : la fabrication d'un jeu de plateau scientifique dans le cadre d'un club aventure et la réalisation de deux magazines numériques autour d’une thématique.

Collaborer, coopérer, créer : s’interroger sur la définition des termes

Collaborer et coopérer sont deux notions qui restent étroitement liées mais de manière générale, les groupes collaboratifs et coopératifs travaillent ensemble sur un but commun ou partagé. La manière de partager le travail va différencier les deux concepts. (voir http://www.outils-reseaux.org/ContenuCooperationCollaboration) Coopérer par étymologie signifie agir ensemble. La coopération, favorise l'apprentissage inter-relationnel : l'enseignant n'est plus la seule interface aux savoirs mais enfants et adultes, réunis en communauté de recherche vont pouvoir partager des connaissances et développer des attitudes métacognitives. « Les membres du groupe, confrontés à un apprentissage particulier vont rassembler leurs forces, leurs savoirs et leurs savoirs-faire pour atteindre leurs fins » (Isabelle Olry-Louis)

La démarche coopérative suscite donc la confrontation de points de vue : discuter et réfléchir à plusieurs, l’émergence de conflits socio-cognitifs, la responsabilité individuelle pour aboutir à des projets valorisants qui permettent de renforcer l’estime de soi et au final la réussite à l’école.

Favoriser la créativité et la coopération des apprenants

Dans un travail en coopération, le groupe est divisé en équipes spécialisées qui réalisent une partie de tâche. Les membres de chaque équipe ont des responsabilités spécifiques et définies en amont. L’ensemble est réalisé seulement quand tous les membres engagés ont fait leur part de travail. Ceci induit donc une certaine structuration et une démarche encadrante du projet, les adultes organisent et guident le travail et vont aussi impulser et/ou renforcer la motivation du projet. Il convient donc de réfléchir dans un premier temps aux modalités de mise en oeuvre en tenant compte de plusieurs critères :

  • Le temps (pour se concerter et se rencontrer entre adultes)
  • La culture professionnelle enseignante (seul pour préparer les cours, corriger)
  • L’espace pour travailler ensemble (le CDI mais sinon quels lieux à l’école se prêtent à l’échange ?)
  • Le rythme de la collaboration (quel dispositif : EMC, EPI, AP, quelle fréquence, quels horaires) ,
  • La volonté et l’implication des participants
  • Une démarche structurée et encadrante.

Dans le cadre du projet de jeu scientifique :  chaque séance commence par un point d’étape sur l’avancée du projet et les élèves se répartissent ensuite d’eux-même par petits groupes de travail selon quatre axes :

  • veille et recherche d’information qui donnent lieux à des affichages et à des productions documentaires
  • conception de la mécanique du jeu : élaboration et rédaction des règles
  • élaboration de questions-réponses pour la « boîte à questions » du jeu
  • confection du plateau et du matériel

Dans le cadre des magazines : chaque article est rédigé par un groupe d’élèves relatant leurs expériences, recherches et rencontres avec les professionnels. Mais pour des raisons de présentation éditoriale une séance en classe entière (comité de rédaction) a été nécessaire pour fixer les choix d’édition : typographie, maquette…

Au lycée chaque classe de seconde a mené un travail classique de démarche informationnelle sur une discrimination ce qui a permis d’élaborer des questions pour le jeu citoyen. Les rencontres avec les associations partenaires (une association par classe ) sont venues alimenter les interrogations tout en apportant une dimension concrète et pratique (rencontre avec un sportif de haut niveau en fauteuil roulant par exemple).  La partie de conception du jeu (plateau, cartes, logo, règles) a sollicité l’inventivité et la créativité de chacun (adultes compris).

Les avantages et les freins d’un travail coopératif :

  • Des regards croisés - la richesse des échanges – la montée en compétences – l’acquisition de nouvelles connaissances .
  • Dans le cadre de la création du magazine, les élèves ont rencontré de nombreux professionnels et travaillé avec des personnels non enseignant du collège (cuisinier, AED, agents) s’appuyant sur les connaissances et compétences de chacun. Les groupes ont ainsi pu mener à bien le travail demandé. Chaque groupe a ensuite été évalué à l’aide de compétences définies dans SACOCHE (logiciel d’évaluation par compétences).
  • Dans le jeu citoyen et collaboratif, la rencontre avec des membres d’associations a permis de créer une manifestation Handisport au gymnase pour les 4 classes impliquées. La classe de seconde professionnelle a pris en charge l’animation de cette matinée composée d’ateliers avec découverte de sports et d’activités pour des personnes porteuses de handicap. Cette journée a été très riche au niveau des échanges d’autant plus que la classe de seconde professionnelle accueille deux élèves eux-mêmes en situation de handicap.

S’enrichir mutuellement – se répartir les tâches – apprendre à faire confiance – développer une faculté d’adaptation et la responsabilité individuelle dans un groupe

Dans le cadre du club aventure au collège pour la fabrication du jeu scientifique, petit à petit,les élèves ont gagné en autonomie, alors qu'au départ je devais guider les tâches et les rôles individuels, je constate maintenant après 6 mois que les élèves ont gagné en autonomie et maintenant à chaque séance du club aventure, les élèves se répartissent d'eux mêmes dans les tâches et semblent plus à l'aise pour confronter les points de vue et leur jugement . Ceci est peut-être aussi induit par le fait que maintenant ils se connaissent davantage et du coup se font aussi plus confiance.

Le projet au lycée a pris une nouvelle dimension dès lors que nous sommes entrés dans la phase de conception du jeu. Les élèves ont appris à écouter pour collaborer, négocier pour proposer telle règle ou tel bonus de point. Il a fallu alterner temps en petit groupe et retour en grand groupe de manière à avancer et valider certaines étapes dans la conception.

Le temps des adultes (pour se concerter / se rencontrer)

Au lycée, le temps a manqué en fin d’année. Le temps de concertation réalisé à mi-parcours avec les 4 collègues d’histoire-géographie a permis de faire le point et de se répartir les tâches restantes. Les intervenants extérieurs nous ont donné du temps sans compter  et des conseils et des éclairages précieux sur leur thématique.  Une rencontre en amont des séances avec les élèves a permis de cadrer l’intervention faite par une assistante sociale et une éducatrice spécialisée sur le sexisme et les violences faites aux femmes. Pour toutes les deux, l’intervention en milieu scolaire était une première.

Une meilleure connaissance des uns et des autres est nécessaire pour travailler ensemble. Le professeur documentaliste a joué ce rôle de médiateur entre l’intérieur et l’extérieur du lycée. A l’issue de la séance pédagogique, la discussion ou le repas pris avec les intervenants a permis d’ajuster le travail à venir.

Les modalités de coopération

Dans le jeu citoyen au lycée, l’utilisation du mur collaboratif avec l’outil Padlet a facilité le partage des questions et des thématiques entre les 4 classes impliquées. Il a permis aux différents adultes de superviser le travail des élèves tout au long du projet.

Un espace de travail créé dans l’environnement numérique de travail (ENT Place) a permis de gagner du temps dans les échanges.

La motivation et l’intérêt pour le travail :

Dans le cadre du magazine, l’epi a été imposé aux élèves, dans la première classe les élèves n’ont pas été intéressés, n’ont fait preuve d’aucune initiative, n’ont fait aucune proposition utile… alors que dans la seconde, nous sommes allés plus loin que prévu (organisation d’une journée à thème au collège)

Au lycée : La concrétisation du jeu a permis à certains élèves de s’exprimer et d’argumenter bien plus que la phase de recherche plus classique. Des compétences psychosociales comme savoir communiquer efficacement ont été abordées et consolidées tout au long de ce projet.

Les avantages et les freins d’un processus créatif à plusieurs

Créer : il s’agit de produire ensemble ce que sous tend la pédagogie de projet ; on vise une réalisation concrète ce qui donne du sens aux apprentissages et rend plus visible le cheminement intellectuel de l’élève. De plus s’intégrer dans un processus créatif permet de développer la créativité, l’expérimentation et la sensibilité artistique de chacun (élève et adulte).

Les freins :

Le nombre d’élèves et d’acteurs impliqués a été un réel frein pour le jeu citoyen en lycée ;  4 classes impliquées soit 120 élèves ainsi que les 4 professeurs en charge de l’EMC (enseignement moral et civique) ont travaillé ensemble sous l’initiative des 2 professeurs documentalistes. Sont venus en appui les 2 conseillers principaux d’éducation et les intervenants extérieurs (membres des différentes associations qui luttent contre les discriminations).

Le manque de temps : aussi bien en collège qu’en lycée, il apparaît important de finaliser le projet fin mai pour que les élèves puissent voir le résultat final ou le plus achevé possible. Si jamais le délai de finalisation tardait trop il convient de l’aborder avec les élèves participants.

Dans le cas des magazines, il a été très difficile de faire respecter les droits d’auteur mais surtout à l’image : difficile de faire comprendre à des élèves de 5° qu’ils ne peuvent pas mettre toutes les photos qu’ils souhaitent.

Par rapport à ma conception de départ  lors du jeu scientifique et au fur et à mesure  de l’avancement du projet, je me suis vite rendue compte que celui-ci est très chronophage. La fabrication d’un jeu de plateau nécessite une certaine maîtrise (mécanisme de jeu, élaboration des règles…) et l’aide  et les conseils apportés par la ludothécaire auprès du groupe ont été à mon sens essentiels pour la réflexion en équipe dans cette tâche complexe.

Les avantages : développer de nouvelles compétences comme la prise de parole / l’argumentation et l’autonomie / avoir une pensée plus créatrice.

Outre le plaisir de concevoir, les élèves ont travaillé des notions du programme d’une manière détournée et beaucoup plus concrète (proportionnalité, solidification/liquéfaction…). Mais grâce à l’observation d’un même projet sur 2 classes, je peux dire que la création, la collaboration et la coopération sont loin d’être une évidence pour tout le monde : élèves, partenaires professionnels ou internes au collège et surtout entre les enseignants. Les élèves, d’une manière générale ont bien participé dans la mesure où ils devaient le faire en classe. Hors de ce temps, seuls les plus motivés ont fait preuve d’initiative, d’entre-aide, d’autonomie...

Dans le cadre de la fabrication du jeu scientifique,  je peux constater une évolution dans le comportement des élèves. Les interactions, au sein du groupe, sont plus importantes : les élèves coopèrent, sont plus autonomes. Ils n’hésitent pas à prendre des initiatives, partager et faire vivre leurs compétences, justifier leurs choix dans le respect des idées de chacun.

Le fait également de mixer les niveaux a fait que naturellement une forme de tutorat s’est dessinée entre les plus grands, pour certains déjà membres du club les années passées, et les nouveaux arrivants. Un élève en situation de handicap jusque là très introverti et peu communicatif s’est totalement ouvert à l’esprit du groupe et a su trouver sa place en souhaitant mettre à contribution sa passion pour le dessin et le graphisme pour la réflexion collective autour de la maquette.

Dans le jeu citoyen au lycée, ce sont les compétences psychosociales qui ont été développées, bien plus que les compétences informationnelles. Au moment de la phase de test et de faisabilité du jeu, les élèves se sont exprimés pour défendre leurs choix, leurs questions, le logo, le nom de jeu, les règles, le type de bonus.... Si besoin ils ont reformulé leurs intentions pour convaincre. En petit groupe la prise de parole s’est exercé sans agressivité ou domination. Il y a eu une véritable évolution pour certains élèves plutôt réservés qui une fois impliqués et engagés se sont découverts de nouvelles compétences d’orateurs voire de meneur. A ce titre, la journée handisport a permis aux élèves de la seconde professionnelle d’être les experts en matière de lutte contre les discriminations faites aux personnes porteuses de handicap.

 

L’espace du CDI est un lieu ouvert, favorisant des situations de coopération et de créativité et permettant de renforcer ainsi l’assiduité, la motivation et la confiance en soi. Ainsi chaque élève peut avancer à son rythme en mobilisant ses propres compétences autour d’un projet avec les autres. La conduite de ces trois projets, nous ont permis d’observer que la créativité et le jeu a toute sa place au CDI, d’une part parce qu’il permet de favoriser les interactions entre les élèves et d’autre part, parce qu’il peut participer à la redécouverte du lieu CDI comme lieu de vie à l’écoute des élèves. Le professeur documentaliste a pu jouer son rôle d’enseignant auprès des élèves et au sein d’une équipe et parfois même de pivot autour de qui gravitent les partenaires et les collègues. Il peut ainsi accomplir ses missions d’accueil, de transmission des informations, mise à disposition des ressources et d’ouverture sur l’environnement éducatif, culturel et professionnel. Le lancement d’un projet qui allie documentation, collaboration, coopération et créativité permet d’identifier le professeur documentaliste comme un allié du développement d’une pédagogie de la créativité.

Fabienne HOFFMAN - académie de Nancy-Metz / Erika BOURCIQUOT - académie de Toulouse / Françoise RAINAUD - académie d’Aix-Marseille

 



 

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