Exposition Caroline Tirefort

Lundi 30 octobre 2017 - 17:30 - Samedi 20 janvier 2018 - 18:00

Ravir c’est à la fois enlever et charmer. Ici, en premier lieu, nous sommes ravis. Ce plaisir certain, procuré par le tressage serré des touches, nous rappelle combien la couleur, lorsqu’elle est distribuée avec tant d’intuition et de sensibilité, ne reçoit pas seulement la lumière mais la produit. Les images de Caroline Tirefort tapent dans l’œil, véritablement.

Du 20 octobre au  20 janvier  
La galerie du collège Albert Camus
expose les œuvres de
Caroline TIREFORT
 
L’équipe de direction
vous prie de bien vouloir honorer de votre présence
le vernissage de cette exposition
 
Le  jeudi 30 novembre à 17h30

Ce qui est représenté apparaît alors avec un léger retard. Un couloir, des arbres, une voiture, une femme tournée vers un jardin prennent figure. Le processus d’identification se voit imperceptiblement et agréablement différé. La picturalité l’emporte très largement.
 
Il faut savoir que ces images ont également été ravies, ôtées de leur contexte. En effet, l’artiste utilise comme amorce un fragment de film, prélevé dans le continuum d’une œuvre cinématographique qu’elle apprécie pour des raisons artistiques.
Cette petite unité filmique, ce photogramme, agit tel un déclencheur et suscite la mise en œuvre picturale. Un photogramme est une image isolée d’une série photographique enregistrée sur la pellicule. Arrêtant le déroulement de quelques films, tels Le lauréat de Mike Nichols, Les affranchis de Scorsese ou encore Les oiseaux d’Hitchcock, l’artiste en rompt l’énonciation et se saisit plastiquement de ces fragments.
Elle fait d’une image qui ne prend sens que dans l’ordonnancement général du film, une image autonome, qui se suffit à elle-même. Passant ainsi d’un défilement à un rayonnement, d’une phrase musicale construite à la vibration d’un diapason, à l’émission d’une fréquence fondamentale en quelque sorte.
 L’image sélectionnée, cette unité filmique infime, simple  signal coloré initialement éphémère, devient unique, et ainsi dure, infiniment.
Pour raconter une histoire, le peintre ne dispose que d’un instant, nécessairement total, cet instant sera artificiel (irréel : cet art n’est pas réaliste), ce sera un hiéroglyphe où se livrent d’un seul regard, le présent, le passé et l’avenir.
(Roland Barthes, L’obvie et l’obtus, 1982)
 
Ainsi figée, l’image cinématographique laisse apparaître l’abstraction qui lui est propre. La priver de mouvement, c’est la déréaliser. Et pourtant, elle continue d’affirmer son identité dramatique (comme participant à une composition narrative), nous la comprenons encore comme un morceau de récit. Nous devinons sa provenance. Le réel y semble saisi à distance, comme dans les tableaux du peintre américain Edward Hopper. Car dans les œuvres de Caroline Tirefort, persistent quelques traits caractéristiques de la prise de vue cinématographique : la découpe parfois abrupte du cadrage, la surexposition lumineuse, le flou d’une partie de l’image (indice de l’utilisation d’un instrument optique).    
Ce prélèvement chirurgical dans la matière filmique ne constitue que le début du travail. C’est alors que s’engage un processus de sédimentation dans lequel, par définition, les particules cessent progressivement de se déplacer pour se réunir en couches. Par un travail patient et maîtrisé de la couleur, la surface se trame, l’image poudroie. L’artiste harmonise et redynamise une scène figée, mariant ainsi les contraires en créant une sorte d’ « explosante-fixe » pour reprendre l’expression poétique d’André Breton.
Chaque toile est une tentative de déjouer la fugacité du temps, celui du récit cinématographique, mais aussi le temps de façon plus générale. L’action de peindre prolonge, étire et transforme celle de regarder. (Caroline Tirefort)
Plus nous approchons du tableau, plus l’effet de profondeur se délite au profit d’un enchevêtrement de couleurs d’une grande densité. Le grain s’affirme à la surface, un grain qui à la fois divise et construit l’espace pictural, comme dans les œuvres de Seurat, de Vuillard ou de Bonnard, dans lesquelles les volumes, les masses, les ombres colorées l’emportent sur le contour.
 
Bonne visite.  
                                                               
Sophie Bach, professeure d'arts plastiques collège Albert-Camus, Villemur/Tarn

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